ELI, ELI, LAMA SABACHTANI
MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNE
Ce cri de Jésus sur la croix est surprenant car il reproche à Dieu son Père de l’avoir abandonné alors qu’il l’a envoyé sur Terre pour aider l’humanité.
Mais il faut placer cet évènement dans le cadre de l’évolution du chercheur de Vérité.
Chaque être humain a reçu dans son cœur la loi divine, l’héritage du Royaume originel dont il est issu. L’esprit qui a choisi de vivre l’expérience humaine est descendu sur Terre riche de cette étincelle divine qu’il garde dans son cœur et remontera vers son état originel riche de ce qu’il aura expérimenté ici-bas. Mais ce feu divin a été étouffé sous les cendres de l’oubli.

C’est pourquoi des envoyés comme Jésus ou le Bouddha ont reçu comme mission de réveiller ce feu dormant, permettre à des êtres humains de retrouver le souvenir de leur origine et de leur but sur Terre, effectuer le chemin de retour vers le Royaume originel.

Tout ce processus est parfaitement décrit dans le conte gnostique « Le Chant de la Perle ».
Pour cela, ces envoyés ont créé des écoles, des religions, des mouvements spirituels. Les personnes qui ont vécu un appel de la ressouvenance trouvent dans ces espaces un accompagnement, un enseignement, un champ de force, éléments qui vont les aider à entreprendre ce chemin de retour.


Une école spirituelle va fournir une aide pour accomplir les premiers pas. Au contact des enseignants, du champ de force, de la communauté des chercheurs, l’étincelle d’esprit va être vivifiée et donnera l’énergie pour avancer. Jusqu’au point où le disciple pourra abandonner les béquilles qui l’ont porté depuis le début de la quête, ses jambes fortifiées par son travail intérieur pourront désormais le porter dans une voie autonome.
C’est à ce moment là qu’il pourra s’exclamer
« mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ».
Car ce passage peut être douloureux. Il a vécu sous l’égide de la structure créée par un envoyé. Il avait le sentiment d’être protégé, que rien de mal ne pouvait lui arriver. Et subitement, on lui lâche la main, on lui dit « tu es maintenant assez grand, trace ton propre chemin ».
Voici les paroles de Jésus sur la croix, à destination de ses disciples :
« Vous êtes maintenant suffisamment forts intérieurement, vous pouvez poursuivre votre chemin seuls. Mais si vous me rejoigniez, vous serez assis à mes côtés pour l’éternité. »

Ce moment de solitude peut être difficile à vivre. Il en est ainsi pour les deux disciples qui se rendent à Emmaüs après lacrucifixion : 13Et voici, ce même jour, deux disciples allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades; 14et ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. 15Pendant qu’ils parlaient et discutaient, Jésus s’approcha, et fit route avec eux. 16Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. 17Il leur dit: De quoi vous entretenez-vous en marchant, pour que vous soyez tout tristes? 18L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit: Es-tu le seul qui, séjournant à Jérusalem ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci? – 19Quoi? leur dit-il. Et ils lui répondirent: Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth qui a été crucifié. Luc 24 versets 13-19.

Ils ont le sentiment d’avoir été abandonnés, ils n’ont pas confiance dans leur capacité intérieure à poursuivre le chemin sans lui. Or c’est la personnalité humaine qui éprouve ce sentiment et les empêche de voir la réalité : Jésus Christ est toujours là à leur côté, même s’ils n’en n’ont pas conscience. L’être spirituel qui a grandi en eux grâce à leur engagement au sein d’une structure spirituelle est bien vivant dans leur microcosme. Et il finit par se manifester à eux, leur donnant un nouvel élan afin de poursuivre leur chemin de l’élévation :
Le troisième homme leur parle de la Bible, des Ecritures. Il raconte comment Dieu a parlé à son peuple, lui a promis un envoyé, un sauveur. Rien n’était encore clair mais cela faisait chaud au cœur. Ils prient l’inconnu de rester manger avec eux à l’auberge. Et voilà qu’au cours du repas il prend du pain, le partage et leur donne à manger, et de même pour la coupe de vin. Les disciples alors le reconnaissent, il est vivant, il est ressuscité.
Les voilà saisis d’un nouvel enthousiasme, et ils font demi-tour et repartent vers Jérusalem d’où ils viennent. En même temps que leurs pas, ils retournent leurs cœurs. Braqués sur le passé et leur triste nostalgie, ils regardent l’avenir car cette bonne nouvelle il faut l’annoncer : Il est vivant ! Luc 24

Jésus est là, vivant, il nous rejoint sur nos routes. Il n’est pas un corps inanimé dans un tombeau, ni un objet de vénération. Il est un compagnon de voyage sur nos chemins.

Le sentiment d’abandon à une certaine étape du chemin de retour au Royaume originel est un phénomène inhérent à la nature humaine. Il est présent à un autre niveau pour chaque être humain : A la naissance, l’enfant est pris en charge par ses parents. Il sera nourri, enseigné, protégé, au sein de sa famille.

Puis il passera par l’adolescence, début d’une certaine indépendance. Et enfin arrive l’âge adulte où il faut quitter le giron familial, où il faut gérer soi-même le travail, logement, relations sociales… Cela peut constituer une épreuve, un sentiment d’abandon. Mais la famille est toujours présente pour accueillir, accompagner, soutenir. L’adulte qu’il est devenu finira par créer sa propre vie, il vivra une expérience enrichissante et pourra à son tour apporter son aide à son entourage.
Il peut arriver que des difficultés apparaissent, des problèmes que la personnalité n’aurait pas prévus. Cet être-là vit une double réalité. Il faut accepter la tension qui en résulte. Le chemin, c’est résoudre l’équation de l’humanité et de la divinité en nous. Mais tout cela est largement accompagné par la Fraternité de la vie, si nous acceptons de laisser la place, si nous persévérons dans le processus.
« La croix du Golgotha ne peut pas te délivrer du mal, si elle n’est pas dressée aussi en toi. » Angelus Silesius.


La crucifixion est le processus alchimique par lequel l’âme se libère définitivement de la nature. C’est mourir en Jésus. Et renaître en Christ.
En conclusion, nous dirons que Eli, Eli,Lama Sabachtani,est une étape fondamentale et indispensable sur le parcours des êtres humains désireux d’accomplir la mission que Dieu le Père leur a confiée : développer leur conscience au sein du monde de la nature, manifester l’Esprit divin en eux et lui présenter en retour ce trésor acquis par soi-même.

Car ainsi que le dit le Bouddha, » le mal qui a été fait par l’un doit être défait par lui-même. Nul ne peut en libérer un autre, pas même le Bouddha ».

Et s’il s’agit là d’un chemin semé d’obstacles dont le passage permet de développer sa stature divine, jusqu’au retour de l’enfant prodigue fêté par son père, gardons à l’esprit cette sentence de Nelson Mandela :
« Je n’échoue jamais. Soit je réussis, soit j’apprends ».